Reportage indépendant, grilles plus nettes
Donald Trump et la science : une attaque à multiples niveaux

Plus de deux milliards de dollars destinés à Harvard ont été gelés, et près de neuf milliards de dollars, prévus pour une dizaine d'autres institutions, ont également été bloqués. Ces décisions, prises par l'administration américaine depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, ont engendré la création d'un nouveau statut : celui de "réfugiés scientifiques". Selon un sondage de la revue Nature, 75 % des chercheurs envisagent de quitter les États-Unis à cause de ces politiques restrictives.
Le témoignage de Camille Parmesan
Bien que les chiffres précis concernant ceux qui ont effectivement quitté le pays depuis janvier 2025 soient difficiles à établir, de nombreux scientifiques de renom, comme Camille Parmesan, se sont exprimés sur leur expérience. Cette écologue texane a été l'une des premières à démontrer les effets du changement climatique sur la biodiversité, en particulier à travers ses recherches sur le damier d'Edith, un papillon dont elle a suivi la migration du Mexique au Canada. Son article, publié dans Nature, est désormais l'un des plus cités dans son domaine.
Camille Parmesan ne se contente pas d'être reconnue pour ses contributions scientifiques, elle est également devenue une "réfugiée scientifique" en Europe. "Le chemin a été long... J'ai l'impression d'avoir dû déménager plus d'une fois pour pouvoir exercer mon métier", confie-t-elle. Ancienne professeure à l'Université du Texas à Austin, elle raconte que son département était très traditionnel et voyait d'un mauvais œil ses collaborations avec des ONG comme le WWF ou le GIEC, considérant cela comme une distraction par rapport à son travail scientifique.
Des pressions sur la recherche
Camille souligne la situation difficile à laquelle ses collègues sont confrontés : "Des collègues ont été empêchés de publier un article parce qu'il contenait les mots 'changement climatique'. On leur a interdit de parler aux médias. J'ai donc décidé de quitter les États-Unis". Après quelques années passées en Angleterre, le Brexit a rendu son retour difficile. C'est alors que Donald Trump a retiré les États-Unis de l'Accord de Paris. Face à cette situation, Camille a saisi l'opportunité offerte par le président Macron, qui a lancé un programme accueillant les climatologues américains en France.
Une nouvelle vie en France
Camille Parmesan a pris la tête de la Station d’écologie théorique et expérimentale du CNRS en Ariège, au cœur des Pyrénées. À 65 ans, elle vient de transmettre ses responsabilités, mais n'envisage pas de retourner définitivement aux États-Unis : "Maintenant, nous avons Trump 2, qui est comme Trump 1 sous stéroïdes : cent fois pire. Ce qu'il faisait précédemment dans les administrations publiques s'applique désormais à toutes les universités. Il s'en prend à la science à tous les niveaux".
Reconnaissant avoir trouvé "sa place, son refuge professionnel" en France, elle se dit chanceuse d'avoir été bien accueillie. Elle note : "J'ai été bien accueillie en France, du local au national. Je n'avais jamais connu ça auparavant. C'est formidable d'être associée au travail des décideurs politiques". Sa rencontre avec Emmanuel Macron, au cours d'un dîner scientifique, l'a particulièrement marquée : "Il a vraiment demandé aux scientifiques : 'Quel est le plus grave problème en matière de biodiversité et d'écologie en France et dans le monde ?'".
Les conséquences de l'absence de soutien à la recherche
Les coupes dans le financement de la recherche scientifique pourraient coûter très cher aux États-Unis, avec des pertes estimées à mille milliards de dollars sur dix ans, selon une étude récente d'un groupe de réflexion à Washington. De plus, les États-Unis risquent de se retrouver à la traîne par rapport à des pays comme la Chine.
L'Union européenne, consciente de ces enjeux, investit également dans l'attraction de scientifiques étrangers, avec un budget de 500 millions d'euros. Cependant, Camille Parmesan met en garde : "Il est important pour l'Europe de repenser sa stratégie de recherche et sa planification".
Les récentes décisions de Donald Trump
Le 3 avril 2026, le New York Times a rapporté que Donald Trump a limogé les membres du conseil d'administration du National Science Board, l'organisme chargé de superviser le financement de la recherche scientifique aux États-Unis. Ces décisions représentent "la dernière attaque en date du président contre les organismes de recherche scientifique". Créée en 1950, la National Science Foundation finance des recherches allant de l'informatique quantique à la microbiologie et subit des pressions depuis le retour de Trump au pouvoir.
Conclusion
Les défis auxquels font face les scientifiques sous l'administration Trump soulignent l'importance de soutenir la recherche et la liberté académique. Les témoignages de figures comme Camille Parmesan sont cruciaux pour comprendre l'impact de ces politiques sur la communauté scientifique.






